Cinéma
Alien : Resurrection
De Jean-Pierre Jeunet
Avec Sigourney Weaver, Winona Ryder, Ron Perlman, Dominique Pinon
1997
Pour donner suite à la saga Alien après la mort de son héroïne, il fallait soit un maître des block-busters hollywoodiens insipides à souhait soit un réalisateur totalement barré qui ne se prenne pas au sérieux.
Au lieu d'un Danny Boyle originellement pressenti pour tenir la caméra de ce quatrième opus, c'est notre Frenchie chéri Jean-Pierre Jeunet qui s'y colle, et nous aurons donc là un réalisateur de la classe des "totalement barrés", choisissant de réitérer l'ambiance hallucinante et hallucinée de son excellent ovni cinématographique La Cité des Enfants Perdus dans le contexte de la gande saga SF-horreur américaine. Et rien que ça, fallait oser...
Notre Jean-Pierre préféré n'a rien abandonné à Hollywood, ni la couleur verte glauque, ni son humour particulier, ni son amour pour les images chocs que les afficionados du seul Fabuleux destin d'Amélie Poulain ne lui connaissent pas, ni même son équipe bien franchouillarde d'acteurs - et Dieu sait que Dominique Pinon fuyant un Alien, c'est quelque chose qu'on n'aurait jamais pensé voir !
Pour le scénar, c'est à la fois du grand n'importe quoi et très bien ancré dans les thèmes habituels de la saga. Deux cent ans après sa mort, Helen Ripley est résuscitée par des savants peu scrupuleux qui la croisent avec la Reine Alien qu'elle portait en elle. En effet ces scientifiques n'ont qu'une seule volonté : étudier les monstrueux extraterrestres, idée qui n'est vraiment pas si loin de ce qu'on avait pu voir dans les autres épisodes... Ripley n'est pas la seule à être au beau milieu de cette dangereuse réserve pas très naturelle : en effet un équipage de mercenaires employé à ramener des hôtes humains pour les expérimentations délirantes, va être tout comme Ripley aux premières loges du spectacle quand, bien évidemment, ce qui devait arriver arrivera.
Le scénario est très simple mais donne lieu à une très belle course-poursuite ponctuée d'images chocs plus ou moins convenues. Les face-huggers, le sang acidulé, la connerie des humains, et même une mignonette androïde : tous les éléments sont là pour s'inscrire dans la tétralogie Alien, et Jeunet le fait avec tellement d'autodérision que l'exercice en devient savoureux et génial. Et évidemment beaucoup décrié par les puristes de la saga...
Il faut néanmoins remarquer sa très belle relation maternelle entre Ripley et les monstres, et ce mélange humain-Alien délicieusement insupportable.
Reste une image qui ravira obligatoirement tout le monde : des scènes magnifiques dont une scène sous-marine tout-à-fait anthologique, et un gore superbement mis en scène, aux limites du cauchemardesque dans la salle des expériences hybrides, ou avec l'image du monstre final, terrifiant, au regard si humain !
Très bel exercice de style pour cet opus le plus original et le plus marqué dans une certaine esthétique du gore.
En attendant la conclusion de la saga par un dernier épisode final normalement orchestré par Ridley Scott... Histoire de boucler la boucle...